L'immersion dans les récits et les œuvres de fiction nourrit l'âme et le coeur tout en reposant les yeux des écrans. Pour trois des auteurs en lice c'est par leur propre voix — via des audiobooks — que j'ai vécu leurs histoires.
David Sedaris
C'est par hasard que j'ai découvert David Sedaris. Je me suis trompé sur le nom de l'auteur car je cherchais une œuvre de l'écrivain new-yorkais Sam Lipsyte. Comme lui il est un écrivain américain qui fait dans l'humour et la satire. Ses œuvres le mettent en scène comme personnage principal : un écrivain menant la vie d'un retraité aisé en France, en Angleterre et sur une petite île de la côte Est américaine. Ce qui rend ses livres si fascinants pour moi, c'est qu'il se met complètement à nu : il formule des jugements qui, en plus de ne pas être politiquement corrects, sont souvent incongrus mais profondément humains, et le lecteur ne peut qu'en sourire.
À relire ? Oui ! Surtout sous la forme d'audiobooks où l'auteur lui-même nous lit son œuvre
When You Are Engulfed in Flames (2008), Let's Explore Diabetes with Owls (2013), Calypso (2018), Happy-go-lucky (2022)
Sam Lipsyte, The Ask, 2010
L'auteur enseigne la fiction à l'université Columbia à New York City.
The Ask met en scène les péripéties d'un homme maladroit socialement travaillant au département des dons importants d'une université new-yorkaise.
Le personnage principal du roman The Ask, un véritable antihéros, sollicite des dons auprès de personnes aisées pour une université de second rang. On sait qu'on a affaire à un pauvre type dès le début du roman. C'est d'ailleurs ça et aussi la relation loufoque qu'il entretient avec son fils Bernie qui nous tient accroché à l'histoire.
À relire certainement.
Jonathan Ames, Karma Doll, 2025
Je suis un fan inconditionnel de l'auteur new yorkais Jonathan Ames. J'adore ses personnages qui sont à la fois des pauvres types mais aussi des gens brillants.
Sous la forme d'un livre audio lu par Ames lui-même, Karma Doll prend la forme d'un thriller qui détonne avec l'habituel récit qui se passe dans la ville de New-York. On retrouve quand même la profondeur psychologique typique des personnages d'Ames. Bref, c'est un roman surprenant pour un habitué d'Ames et c'est tout à fait bienvenu.
À relire éventuellement.
William Gibson, Count Zero, 1986
Le deuxième roman cyberpunk de la série culte Sprawl Trilogy.
Quand on a aimé lire Neuromancer alors on continue avec Count Zero. Ce n'est pas la suite de Neuromancer : on y retrouve différents personnages et l'intrigue est nouvelle. Toutefois cela se passe dans le même univers : le Sprawl, la mégapole américaine couvrant la côte Est d'Atlanta à Boston ainsi que des parties se déroulant dans l'espace ; dans des communautés satellites.
Je dois admettre avoir relu Neuromancer avant de me lancer. Ça m'a aidé à retrouver cet état d'esprit lors de la lecture où on accepte de ne pas tout comprendre ce qui se passe. Un peu comme dans la vraie vie où on ne comprend qu'une portion de ce qui se passe, non ?
C'est dans la relecture qu'on découvre l'œuvre de William Gibson. En avance sur son temps il illustre le nouveau rôle des humains dans un univers futuriste peuplé d'intelligence artificielle. Ça nous fait réfléchir sur une nouvelle façon dont les relations de pouvoir sont établies, la consolidation du pouvoir dans des dynasties éternelles, le morcellement et la précarisation du travail, etc.
Victor-Lévy Beaulieu, Trois-Pistoles et les Basques : le Pays de mon père, 1997
Sous la forme d'un beau livre à déposer sur la table à café, VLB parle de son père alors que ce dernier s'éteint à petit feu. C'est un récit à la frontière de la réalité et du monde intérieur d'un homme atteint de démence. De la ville à Trois-Pistoles en passant par une réserve amérindienne c'est le récit d'un retour à la terre de son enfance.
Préparant un séjour au Pays des Basques, j'avais emprunté ce livre à la bibliothèque avec l'intention de m'en tenir aux photographies qu'il contient afin de dénicher des lieux à visiter une fois sur place. Mais j'ai commencé à lire le texte qu'il contient et je suis resté accroché jusqu'à la fin.
On retrouve chez VLB des réminiscences de James Joyce. Il nous laisse entrer dans son imaginaire. Un imaginaire qui est pour moi plutôt effrayant mais fondamentalement sain.
L’étude de la représentation de la maladie d’Alzheimer dans « Le monde de Barney » de Mordecai Richler, de « Trois-Pistoles et les Basques. Le pays de mon père » de Victor-Lévy Beaulieu et de « Je ne suis pas sortie de ma nuit » d’Annie Ernaux permet d’esquisser les contours d’une spécificité littéraire de la maladie, bien au-delà du thème de l’oubli.
N’envisager la maladie d’Alzheimer qu’en termes de dégénérescence cognitive, c’est évacuer sa dimension de matériau littéraire qui influence tant la construction que le style d’un texte. L’analyse de trois récits contemporains permet l’identification de procédés rhétoriques mais aussi de stratégies narratives et stylistiques qui servent à circonscrire l’empreinte littéraire propre à la maladie d’Alzheimer. La prise en charge du récit par un tiers parti explique la thématique de la filiation qui donne à voir la maladie de l’intérieur et de l’extérieur.
L’œuvre de création s’inscrit dans ce travail d’archivage de la mémoire familiale
tiré du mémoire de maîtrise "Représentations de la maladie d’Alzheimer dans trois récits contemporains" de Marie-France Rooney
Hubert Aquin, Prochain épisode, 1965
Depuis le Printemps Érable de 2012 j'ai tenté de terminer la lecture du roman Prochain épisode d'Hubert Aquin.
Acheté par curiosité, alors que j'étais étudiant à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) où je traversais souvent le fameux pavillon Hubert-Aquin pour me rendre à mes séminaires ou visiter mon directeur de thèse.
Je ne le relirai probablement pas. Je préférerais explorer une autre œuvre de cet auteur québécois.
sources
- Marie-France Rooney (2014), Représentations de la maladie d’Alzheimer dans trois récits contemporains

