L'art du leadership selon un chef yakuza

dimanche 30 août 2026 par SocraticDev

Depuis les Jeux Olympiques de Tokyo tenus en 1967 la population active de yakuzas est en déclin. Passant de près de 200 000 à la moitié en 1983. Coïncidant avec l'effondrement de l'économie japonaise, de sévères décrets interdisant toute relation d'affaires avec des membres du crime organisé limitèrent sévèrement les activités des yakuzas restant. Nonobstant ces difficultés le point focal du livre "Confessions d'un yakuza", une discussion entre l'auteur Tadashi Mukaidani et le chef yakuza Masatoshi Kumagai porte sur son parcours au sein de la famille Inagawa-kai. Une enfance et adolescence difficiles, une ascension fulgurante, une période de déchéance, puis un regain de force.

C'est un livre de bibliothèque que j'ai dévoré en quelques jours. Mis en évidence sur une étagère ce livre m'a convaincu de l'emprunter afin d'en apprendre davantage sur les yakuzas. À part pour quelques apparitions dramatiques et violentes dans des films, je dois avouer ne pas connaître cette fratrie.

Des qualités valorisées

Le terme japonais "yakuza" est tiré des chiffres "huit", "neuf" et "trois". Soit la pire main dans un ancien jeu de cartes. À l'origine le terme est utilisé pour stigmatiser les membres inutiles et les exclus de la société. Ce n'est qu'ensuite qu'on l'utilisa pour désigner les membres d'organisations mafieuses.

Hésitant à rejoindre les rangs d'une famille mafieuse, Masatoshi Kumagai commença par fréquenter leur bureau officiel sans s'y attacher. On tenta de le recruter car il manifestait les qualités valorisées par l'organisation

  • avoir du cran
  • avoir le sens du devoir
  • être pourvu d'humanité

On l'appréciait aussi pour sa finesse d'analyse et ses décisions rationnelles.

Les membres de l'organisation épousent aussi un code d'honneur, le ninkyo. Il s'agit du respect du code d'honneur. C'est-à-dire l'adhésion à un idéal chevaleresque qui valorise l'esprit du sacrifice et la volonté d'affronter tout ce qui est injuste, absurde, ou qui s'inscrit contre ses principes.

connaître la nature humaine

Penser que l'expérience nourrit notre vision de la vie est illusoire. Le vautour a beau grandir et faire mille expériences il demeure un charognard. Tout comme le requin même le plus solitaire reste un grand prédateur. Il en va de même pour les êtres humains.

L'utilisation de la force est foncièrement humaine selon le chef yakuza. Elle relève de l'instinct de survie. Et même si l'usage de la force n'est plus nécessaire, l'humain éprouve du plaisir et une sensation de supériorité en se sachant puissant.

Le thème harcèlement prend une grande place dans le livre. Surtout parce que le sujet du livre, le chef Masatoshi Kumagai l'a subi depuis sa tendre enfance. Il voit le harcèlement comme constitutif de tout groupe social. Il est d'abord l'expression de la puissance des supérieurs sur les inférieurs. Et on souligne que "la faute incombe à celui ou celle qui l'exerce". Aucune ambiguïté morale possible : le harceleur est toujours en tort.

D'un clin d'oeil entendu, en lisant les propos du chef yakuza on comprend que toute plainte formelle auprès d'une hiérarchie professionnelle ou à la police "ne suffit pas toujours". Selon le yakuza il y a trois solutions au harcèlement:

  • endurer,
  • s'enfuir,
  • ou ne plus se laisser faire.

"Quel que soit le moyen choisi, en fin de compte, aucune solution ne peut s'amorcer sans action de la part de la personne brimée. Sans ramener la victime à sa seule responsabilité personnelle, gardons à l'esprit que chacun et chacune détient la clé pour s'en sortir."

avoir du jugement

"La tempête révèle l'herbe coriace"

proverbe du livre des Han postérieurs

Le parcours professionnel de Masatoshi Kumagai l'a amené soit en prison soit à une sérieuse démotion. Quand la vie nous fait vivre des revers on retrouve l'importance des valeurs tranquilles comme l'humilité et le jugement prudent.

"Je suis comme un capitaine de navire militaire sans boussole. Voilà pourquoi je ne dois pas juger avec mes émotions, mais me demander posément qui en tirera profit et qui en pâtira, et quelles seront leurs répercussions."

leadership et être chef

L'art politique est primordiale pour les yakuzas. Masatoshi Kumagai remarque une dichotomie fondamentale entre les dirigeants et ceux qu'ils dirigent. Le chef doit reconnaître que ceux qu'il dirige n'aiment pas être dirigés et cherchent d'abord à assurer leurs propres intérêts. Pour faire perdurer son organisation, le chef doit à la fois inspirer la crainte et la réassurance à ses membres.

"[...] ceux qui deviennent chefs doivent toujours garder à l'esprit que leurs mots et leurs actions résonnent en leurs subordonnés et se demander de quelle façon ils risquent de les influencer"

lecture recommandée

Je recommande la lecture du livre "Confessions d'un yakuza" d'abord à ceux qui s'intéressent au monde interlope japonais. Mais surtout, je recommande cette lecture à ceux qui s'intéressent à la nature humaine, aux relations de pouvoir, et au leadership.

sources

Confessions d'un yakuza : Masatoshi Kumagai, adjoint de l'administrateur général du clan Inagawa-kai, onzième président de la famille Himonya-ikka