En 2025, j'ai lu quelques livres intéressants sur l'histoire et la médecine moderne. Faire preuve de curiosité et s'intéresser à des thèmes qui ne sont pas directement lié à votre profession ou à des ouvrages de fictions m'aide à ouvrir mon esprit à différents aspects de la réalité. Un excellent investissement.
Danny Orbach, Fugitifs: histoire des mercenaires nazis pendant la guerre froide, 2023
Danny Orbach est un historien militaire diplômé d'Harvard. Il se spécialise dans l'étude des coups d'État, des assassinats politiques et de la désobéissance militaire.
Son livre étudie le parcours des officiers nazis après la Seconde Guerre mondiale (1945–1960), pendant la guerre froide. Ceux qui n'ont pas été attrapés et jugés se sont enfuis en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Afrique. Ils se sont mis au service de nouveaux régimes comme conseillers militaires et experts en répression. Ils ont notamment travaillé pour l'Égypte, la Syrie, l'Irak, le Congo et divers gouvernements d'Amérique latine.
La thèse de l'auteur est que l'Occident n'a pas placé la justice au premier plan : la crainte du communisme a primé. Pendant ce temps, différents régimes se sont dotés de capacités de contrôle héritées de l'Allemagne nazie : formation de forces de sécurité, apprentissage de méthodes de répression des opposants et structuration de polices politiques.
La morale de l'histoire c'est que la violence ne disparaît pas. Elle se déplace où elle sait se rendre utile. Malgré des discours pompeux, les États priorisent l'efficacité et sont prêts à excuser les crimes.
Je recommande la lecture de ce livre pour se forger une vision réaliste des événements politiques où la violence est utilisée.
Oliver Sacks, The Man who mistook his wife for a hat: and other clinical tales, 1985
En 2025, j'ai entamé un trip de lectures neurologiques. J'ai commandé plusieurs ouvrages grand public d'auteurs médicaux connus pour leur contribution à ce champ de la médecine moderne : Oliver Sacks, Lisa Feldman Barrett et Sam Kean.
Oliver Sacks est une figure majeure de la neurologie. Robin Williams l'a incarné dans le film Awakening (1999), où l'on voit le médecin utiliser le médicament L-DOPA pour "réveiller" des patients apathiques.
J'ai beaucoup aimé ce livre. Chaque chapitre présente un cas particulier d'affection neurologique : perte de reconnaissance visuelle, amnésie, aphasie, perte de la conscience corporelle (proprioception), syndrome de Tourette, maladie de Parkinson, hallucinations, distorsions visuelles, autisme.
L'auteur possède une excellente culture philosophique et utilise le corpus de la philosophie occidentale pour raffiner ses diagnostics et ses interventions. Il montre que la neurologie appréhende les pathologies en termes de perte ou de déficit. Son travail clinique démontre qu'une perte est souvent remplacée par une adaptation. En tant que lecteur, j'ai été surpris de constater que la majorité des patients ne semblent pas souffrir de leur pathologie : ils s'y adaptent et peuvent même en tirer parti. L'homme souffrant du syndrome de Tourette m'a particulièrement marqué. Il existe des médicaments permettant de contrôler ses manifestations, mais ces traitements ont des effets secondaires assez lourds qui réduisent la qualité de vie. Cet homme appréciait la vivacité d'esprit que lui conférait son syndrome, notamment pour se surpasser comme batteur dans un groupe de jazz. Sous médication, son esprit devenait figé. On lui suggéra donc d'arrêter la médication le week-end et de la reprendre en semaine, afin de concilier emploi et identité personnelle.
La lecture de ce livre illustre l'empathie et l'humanisme requis en médecine. La grande culture littéraire et philosophique d'Oliver Sacks est admirable : placer l'humain au centre de la médecine, et ne pas le réduire à sa maladie, est au cœur de son approche. En parlant de perte et d'adaptation, Sacks relativise la gravité de certaines affections et sait les expliquer de façon adéquate aux proches et au personnel soignant. Bref, il œuvre à préserver la dignité du malade et à lui assurer une vie optimale.
Rana Mitter, Modern China: a very short introduction (2nd edition)
C'est un livre de la série A very short introduction d'Oxford University Press : pas un ouvrage académique, mais une synthèse destinée à un large public curieux. L'auteur joue avec les deux mots du titre — « Chine » et « Moderne » — et consacre une bonne part du livre à interroger la notion de modernité. Au début, je n'avais pas prêté attention au titre et pensais qu'il traitait de la Chine contemporaine ; l'angle historique est pourtant central. Pour ma part, la réflexion sur la modernité n'a pas toujours convaincu.
J'ai malgré tout appris beaucoup sur l'histoire de la Chine. Jusqu'en 1911, l'Empire du Milieu était un ensemble plus ou moins unifié de régions dominées par des dynasties. Un peu comme la France a eu les Mérovingiens puis les Bourbons, la Chine est passée de la dynastie Qin (-221 à -206) à la dynastie Qing (1644–1912). Le XXe siècle a d'abord été marqué par des mouvements de révolte contre les puissances étrangères : plusieurs prérogatives étatiques, comme la perception des droits de douane, étaient exercées par une élite occidentale. Une révolution populaire contre le pouvoir mandchou mit fin à l'Empire. La mobilisation de 1919 (mouvement du 4 mai), en protestation contre le traité de Versailles, favorisa l'émergence d'un nationalisme chinois. S'ensuivirent la guerre civile entre nationalistes et communistes, l'invasion japonaise, la victoire du Parti communiste, la Révolution culturelle, la mort de Mao et la montée de la Chine comme puissance économique.
C'est un livre intéressant à lire parce qu'il traite de la société, de l'économie et de la culture chinoise à la lumière de son histoire. Une approche dialectique qui évite de gaver le lecteur de pseudo-certitudes pour plutôt lui faire apprécier la complexité du sujet étudié.

